dimanche 22 octobre 2006, par amjad
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En ces temps de crise viticole et de lutte contre l’alcoolisme, quelques viticulteurs ont osé ce que d’autres pourront considérer comme un sacrilège : lancer des "boissons à base de vin désalcoolisé". Autrement dit - mais la législation interdit cette appellation - du vin sans alcool.
Icône est le dernier arrivé sur ce petit marché. En rouge (avec une "base" de merlot), en rosé (cinsault), en blanc (chardonnay, sauvignon, muscat) et même en pétillant, cette nouvelle ligne de vin sans alcool, lancée par une famille de viticulteurs du Beaujolais, sera présentée lors du Salon international de l’alimentation (SIAL) du 22 au 26 octobre et disponible début novembre au drugstore Publicis à Paris.
Encore méconnu du grand public, le vin sans alcool tente de se développer depuis une quinzaine d’années. C’est en 1988 que l’Union des caves coopératives de l’Ouest Audois et du Razès (Uccoar), en partenariat avec l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), a créé Bonne nouvelle, la première gamme de boissons à base de vin français désalcoolisé. Leur fabrication repose sur une distillation sous vide à basse température. "Ce procédé, naturel et sans ajout de conservateur, permet l’évaporation et la récupération de l’alcool", assurent leurs concepteurs.
Pionnière sur ce marché, l’Uccoar vend désormais près de 1,5 million de bouteilles sans alcool par an dans les grandes surfaces et a enregistré une croissance de 7 % à 10 % ces dernières années. "Jusqu’à présent, on travaillait du vin de table, maintenant nous allons surfer sur le cépage pour élargir la clientèle", explique Audrey Franck, chef de produit à l’Uccoar.
Qui achète cet improbable produit ? Essentiellement des personnes qui ne peuvent plus boire d’alcool pour des raisons de santé : alcooliques repentis, diabétiques, femmes enceintes. "Pour beaucoup, qui ne parviennent pas à boire de l’eau à table, c’est un substitut", explique Mme Franck.
La forme de la bouteille, la couleur de la boisson, l’étiquette, l’odeur, tout ressemble au vin - hormis le bouchon, qui se dévisse. Le goût, quant à lui, est difficile à définir. Le breuvage, plutôt âpre, ne tient pas en bouche. En rosé, il navigue entre la mauvaise sangria et le grog froid... En rouge, il s’apparente à un sirop de grenadine sans sucre.
"Il faut que ce produit soit conçu par des amoureux du vin. Il ne faut pas désalcooliser de la piquette sinon c’est imbuvable", estime Bruno Marret. Ce producteur alsacien commercialise depuis trois ans sa gamme sans alcool sous la marque La côte de Vincent et lancera bientôt une nouvelle ligne appelée No limit. "Le vin est vinifié traditionnellement avant d’être désalcoolisé, assure-t-il. A l’arrivée, il conserve un goût et un fruité. Cela reste incomparable au vin mais on parvient à en conserver l’intérêt organoleptique." Bruno Marret travaille pour l’heure avec des cavistes et des épiceries fines et tente de percer le marché des restaurants d’entreprise.
"La consommation responsable s’installe dans les mentalités", estime Cécile Selles, chez Icône. Elle se dit persuadée qu’un marché existe pour accompagner le sandwich de midi ou le fêtard de la nuit qui doit prendre le volant.
Avec moins de 0,5 % d’alcool et trois fois moins de calories que dans un vin traditionnel, ces boissons sans alcool pourraient séduire une clientèle jeune et féminine.
De 2 à 7 euros suivant les marques et les cépages, elles pourraient aussi trouver un débouché "du côté des cocktails, du vin chaud, de la sangria ou des sauces en cuisine", espère M. Marret. En attendant, on pourra toujours s’amuser à tester les connaissances en oenologie de ses convives en leur faisant croire qu’on a déniché un nouveau chardonnay...
S. Blanchard
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